samedi 29 janvier 2011

6 jours de caravane


La caravane de l’ESS

Jour 1 : RDV donné à 6h30 à Patte d’Oie, donc je me lève à 5h pour y être vers 6h15. Je prends un peu d’avance car on ne sait jamais avec ce genre de RDV. Bon manque de chance, ou normal, mais le bus n’arrive qu’à 7h15. On part dans la joie et la bonne humeur, et surtout dans la fatigue, déjà.
Après l’étape de Rufisque, les chants ont commencé, bon je me suis un peu endormi, mais l’ambiance était agréable et très chaleureuse. Ca me rappelait un peu les bus de retour du rugby.
Etrangement le voyage s’est passé sans encombre. Sauf qu’il n’y avait pas de Tiep au petit déjeuner, mais des sandwiches entre autre à l’omelette. Heureusement on en a eu le midi, à Saint Louis.
Comme prévu au programme nous sommes allés à la mairie de Saint Louis pour le lancement officiel de la caravane. Bon, comme au programme, plus quelques heures de décalage, rien de grave, mais ça laisse le temps d’écrire et faire connaissance avec les gens de la caravane.
Pour le moment nous sommes une quarantaine, mais le chiffre va surement augmenter. A la mairie, nous avons, enfin plutôt, ils ont installé les expositions des productions artisanales des participants, ce qui était une chose drôle et sympa. J’ai dû refuser de tout acheter car je suis loin d’avoir les moyens. Ce qui a d’ailleurs permis à certaines de se renseigner sur mon statut matrimonial. « Achète ça pour ta femme ! –J’ai pas de femme. – Achète ça pour ta copine alors ! –J’ai pas de copine non plus. – Ha bon ? »
Les discours officiels de lancement ont alors commencé avec un peu de retard, et au milieu des discours convenus  de remerciement, le maire de Saint Louis a éclairé la tribune. Cet homme a tout compris, et a une vraie vision d’avenir, solide et pragmatique. Il n’est pas que dans le discours, son implication étant réel.
Si tous les politiques étaient comme lui, le monde irait mieux. Intelligence, dynamisme, et respect des intellectuels le caractérisent. Il a ensuite fait le vernissage de l’exposition.
Puis nous sommes rentrés à la maison de Lille ( et non pas de l’île comme je le croyais au départ) pour manger et faire chauffer la sono sur des sons tonitruants de Mbalaxh. Le coucher a été tôt pour l’ensemble des caravaniers à cause de départ aux aurores à Dakar.
Jour 2 : le réveil ne fut pas si difficile que ça, la joie ou du moins la bonne humeur guide toujours nos pas. La matinée va se passer à l’université auprès du professeur Sambou Ndiaye.
L’intervention de ce prof, comme toutes les interventions, a eu lieu en wolof, je n’ai donc pas tout compris. Les différents powerpoint m’ont permis de comprendre plusieurs choses néanmoins. D’abord que Sambou est très fort et politiquement très engagé. Ensuite que la militance de certains africains  dans le rejet des valeurs occidentales en terme scientifique est réelle.
Et enfin, que d’autres voies de développement sont possibles, et Dieu merci sans les occidentaux. Bon je n’ai pas tout compris mais ensuite sont intervenus :
-          Cheikh Pathé pour Enda qui a présenté l’entité ecopole qui consiste en l’appui des réseaux de jeunes et de femmes pour créer des AGR (Activités Génératrices de Revenus).
-          Papa Meissa pour l’ASEM qui a présenté le réseau des écoles qui utilisent tout ou partie de la méthode Freinet. C’est intéressant et forcément prometteur car les possibilités ici sont moins sclérosées qu’en France.
-          Monsieur Dia pour le comité inter-bidonvilles qui a expliqué comment sont récupérés les bidons, les plastiques pour être revendus pour en tirer des revenus.
Même si la rencontre ne fut qu’en Wolof, elle fut tout de même enrichissante. Les gens étaient contents. Des nouveaux caravaniers nous ont rejoints.
L’après-midi étant vierge de toutes activités, je suis allé visiter Saint Louis avec les Belges et la Hollandaise. Pendant ce temps, un match de foot était organisé et les caravaniers se sont dispersés en petits groupes. Il a donc été convenue le soir même de mettre ces temps « libres » à profit pour organiser des animations autour du feu par exemple.
Cela se met en place gentiment et ça va déchirer.
Un groupe commence à apparaitre, ce qui est hautement sympathique.

Jour 3 : nouveau départ vers des cieux toujours aussi bleus. Le groupe était prêt à partir vers 10h après un petit déjeuner aussi efficace que riche.
L’ambiance dans le bus est excellente, les musiciens s’en sont donnés à cœur joie. Après un passage à Richard-Toll où nous avons été reçu par des adjoints au maire, mais où les activités ont été annulées pour des raisons bassement financières. Un petit concert a été donné et on a pu sentir qu’il en faudrait peu pour que les gens rejoignent cette caravane. L’explosion de joie n’était pas loin.
L’après-midi s’est déroulé tranquillement à Dagana où nous sommes logés de la meilleure des manières par l’ASEM dans un centre d’accueil pour les formations d’éducateurs en méthode Freinet. C’est propre, bien entretenue et confortable. En début de soirée des petits matchs de foot ont été organisés. C’était pas mal, mais aucun match ne peut être vraiment amical ici.
Dans la soirée, la veillée autour du feu a eu lieu. Au menu, il y a eu des danses et des chants traditionnels, un combat de coqs humains, et des histoires autour du feu et sous la lune. Ce fut pour l’esprit comme la soie sur le corps. Je n’aurais aimé être nulle part ailleurs.
Même si ce ne sont que des caravaniers qui ont participé à la veillée, l’état d’esprit y était fantastique.

Jour 4 : après un copieux petit déjeuner, les caravaniers ont été visiter en 4 groupes, 4 expériences.
J’ai découvert et appris beaucoup de choses aujourd’hui. Nous avons tous beaucoup appris et découverts des choses.
La visite d’une école Freinet construite selon des critères bioclimatiques est difficilement descriptible. Tout y est incroyable, les salles de bâtiments, l’organisation, les personnes qui y travaillent, ou plutôt qui y vivent. Si les murs sont des modèles, les principes éducatifs sont également intéressants. Avec la pédagogie Freinet, les enfants sont responsables les uns des autres, et les différentes commissions sont portées par les enfants.
Ou comment l’école de Dagana au Sénégal a 50 ans d’avance sur l’éducation nationale.
D’autant plus que la mixité sociale est un fait et que les parents doivent payer quelque chose pour l’éducation de leur enfant, suivent leurs moyens, quelque soit leurs moyens. Le sentiment que l’on a en voyant cette école est : « qu’est ce que je peux faire pour eux ? ».
Il semblerait que les autres groupes aient vécus des expériences aussi enrichissantes que la notre.
Le podium des artistes qui a suivi fut une sacrée réussite, car près de 200 enfants étaient là. La qualité des artistes n’était pas à critiquer, à part peut être les playbacks de rap. Les musiciens qui font partie de la caravane sont exceptionnellement bons. L’autre groupe traditionnel était excellent, les femmes très en jambe, et le grateux vraiment exceptionnel. Un succès total pour les musiciens locaux qui fait plaisir.
Le soir nous nous sommes faits une séance photo, et il y en a des biens.
Une autre grande et belle journée s’est passée le long du fleuve dans la caravane de l’économie sociale et solidaire.

Jour 5 : Le groupe s’est divisé en deux, la quasi-totalité du groupe est allé à la mairie de Dagana pour une conférence sur la décentralisation.
Les têtes pensantes, plus moi, sommes restés au centre Grossman pour une réunion des partenaires. C’est un honneur, mais en wolof encore.
Après le déjeuner, nous avons été remercié les cuisinières en musique pour avoir aussi bien mangé. Après cela, nous avons décollé pour Guédé.
Sur le chemin, au marché de Tirédji, nous avons faits une petite pause musicale histoire d’animée le trajet.
L’arrivée à Guédé valait son pesant de cacahuètes avec une piste très étroite où le bus passait tout juste.
Là, et las, nous nous sommes installés et avons discutés en attendant le repas puis la veillée culturelle. J’en ai profité pour visiter un peu le village en aller chercher des chaises et une chèvre d’appoints. La veillée culturelle consistait en un concert de nos musiciens qui étaient originaires de Guédé.
Le frémissement des 300 personnes présentes à l’entrée sur scène des enfants du pays était saisissante de bonheur insoutenable. Donc grosse ambiance, et gros délires pour des gens peu expansifs normalement. Et pour une fois, j’ai dormi à la belle étoile sous moustiquaire. J’ai été réveillé par le froid à 5h30.

Jour 6 : Après un réveil difficile parce que glaciale, et un petit déjeuner presque copieux, nous sommes allés visiter l’atelier de transformation du riz bio cultivé au village. C’était intéressant de voir comment le riz était trié et mis en sachet. Nous sommes allés voir ensuite les rizières et les champs de tomate, la station de pompage, et la mutuelle des groupements de paysans. Ces expériences sont simplement hallucinantes et à reproduire.
L’après-midi a donné lieu à la réunion de bilan des expériences avec les partenaires. Ca a été presque pas mal mais je n’ai une fois de plus rien compris, et en plus quelqu’un s’était permis de fouiller dans  mes affaires pour prendre 10€. Donc j’étais un peu dégouté et énervé.
Nous avons quitté à 21h Guédé et sommes arrivés à Dakar à 7h30 le lendemain. Fatigué, heureux, triste, épuisé.

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